Opinion By Michel C. Auger 1220 Views

Comme Churchill en 1945?

Personne ne pouvait même concevoir que Winston Churchill puisse perdre les élections du 5 juillet 1945. Il venait tout juste de mener son pays parmi les vainqueurs de la Deuxième Guerre mondiale. Il était l’homme le plus admiré du Royaume-Uni. Et pourtant…

Au soir de l’élection, le chef travailliste Clement Atlee obtenait 393 sièges aux Communes, contre 197 seulement pour le Parti conservateur de Churchill.

Les Britanniques avaient besoin d’un gouvernement qui allait s’intéresser à leur vie, leurs besoins et leurs projets après six ans de guerre et de privations. Pas d’un premier ministre qui allait être surtout préoccupé par la géopolitique de la victoire.

Toutes les comparaisons sont boiteuses et il n’est surtout pas certain que l’histoire se répétera. Mais le premier ministre François Legault devrait quand même méditer sur ce précédent pas si lointain.

Presque tout le monde louange, à bon droit, la performance du premier ministre et de son équipe dans la gestion de la troisième vague de cette pandémie et la campagne de vaccination. On n’a qu’à voir ce qui se passe en Ontario ou en Alberta pour s’en convaincre.

Pendant ce temps, le monde n’arrête pas de tourner et il se passe des choses autres que la pandémie qui doivent retenir l’attention du gouvernement. La crise du logement en est une.

M. Legault a été choqué comme on le voit rarement, la semaine dernière, quand les partis d’opposition l’ont traité de déconnecté. Quand on sait le nombre de fois où M. Legault a usé de ce qualificatif envers Philippe Couillard, on peut comprendre qu’il ait été piqué au vif.

Un premier ministre proche des gens

L’image de marque que cultive soigneusement François Legault, et qui lui a bien réussi, est celle d’un premier ministre proche des gens et qui comprend leurs préoccupations. Un homme de la classe très moyenne, comme il le disait cette semaine. Déconnecté, c’est exactement le contraire de cette image.

Inutile de revenir sur son échange avec la co-porte-parole de Québec solidaire sur le prix des loyers à Montréal et si leur débat s’appliquait aux étudiants ou pas. Le problème n’est pas là.

Le problème, c’est que, dans le même échange et après, M. Legault a refusé systématiquement de reconnaître qu’il y a une crise du logement au Québec.

Évidemment, on peut s’en tenir à la définition technique : un taux d’inoccupation des logements sous les 2 % (certains disent 1 %). Selon le gouvernement, le taux actuel au Québec est de 2,5 %, donc pas de crise.

C’est un peu comme un économiste qui refuserait de parler de récession quand le taux de chômage est de plus de 10 % parce qu’on ne serait pas dans la définition technique de deux trimestres consécutifs de décroissance du PIB .

Quelles que soient les définitions, il reste que trouver un logement à un prix abordable est presque impossible à peu près partout au Québec. Le taux d’inoccupation de 2,5 % est artificiellement dopé par des facteurs externes, comme le fait, par exemple, qu’on a remis sur le marché des appartements autrefois utilisés pour des locations temporaires à la Airbnb.