Opinion By Fannie Dagenais 429 Views

Prévention et amélioration des conditions de vie des familles: les cartes à jouer pour contrer la maltraitance

Alors que la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse déposera son rapport sous peu, il est rassurant de voir que le Québec se mobilise pour agir et réduire la maltraitance chez les enfants.

Toutefois, il faut faire vite.

En 2019-2020, 14 179 signalements ont été retenus pour évaluation par les DPJ pour des enfants de 0 à 5 ans. Des statistiques qui sont malheureusement en croissance depuis plusieurs années, et qui risquent fort d’être encore une fois à la hausse après le passage de la COVID-19. Déjà présents au sein de nombreuses familles québécoises avant la pandémie, les facteurs de risque de la maltraitance ont eu tendance à s’accumuler depuis le début de la crise.

Les facteurs de risque, ce sont toutes les sources de stress qui s’accumulent au sein des famille et qui font monter la pression, jusqu’à ce qu’un parent perde le contrôle. La perte d’un emploi, l’isolement ou le manque de soutien des gens de notre entourage, l’insécurité alimentaire, le stress associé à la conciliation famille-travail ou encore des symptômes dépressifs… des enjeux qui, selon les données dont nous disposons, ont touché de nombreuses familles au cours de la dernière année. Pensons également aux familles qui n’arrivent plus à payer le loyer rendu trop cher par la crise du logement qui sévit actuellement, ou à celles qui doivent, faute de moyens financiers, vivre dans des quartiers peu sécuritaires, sans espaces verts et transport en commun. Oui, la crise a frappé fort, et ce sont les familles vulnérables qui ont été les plus fragilisées.

Des parents à bout de souffle

Les recherches scientifiques ont démontré qu’aucun facteur de risque n’est responsable à lui seul de la maltraitance. Plus le nombre de facteurs de risque auxquels l’enfant est exposé est grand, plus le risque global de violence et de maltraitance augmente. Le dernier sondage mené par l’Observatoire révélait que 39 % des parents d’enfants âgés de 0 à 5 ans jugeaient que la pandémie avait eu un impact négatif sur leur capacité à concilier le travail et la vie de famille. De plus, 44 % des répondants affirmaient que la pandémie avait eu un impact négatif sur leur capacité à garder leur calme avec leur enfant. Selon la dernière étude de Morneau Shepell, les parents obtiennent d’ailleurs un indicateur de santé mentale beaucoup plus faible (-13,3) que les personnes sans enfant (-9,1) et ce, de manière constante depuis le mois d’avril 2020. Heureusement, il est possible d’agir collectivement sur ces facteurs de risque en agissant en amont du problème et en améliorant les conditions de vie des familles.

Nos meilleures cartes : la prévention et l’amélioration des conditions de vie des familles

Plus les situations de maltraitance se produisent tôt dans la vie, plus les conséquences sont importantes et persistantes dans le temps. Comme société, nous devons tout mettre en place

pour que ces situations ne se produisent pas, ou le moins possible. Tisser un filet de protection autour des familles vulnérables en leur offrant les meilleures conditions de vie possible. Mettre en place des politiques publiques favorisant l’accès à un logement abordable, des quartiers sécuritaires, des services de garde éducatifs de qualité, des services en santé mentale accessibles, des mesures de conciliation famille-travail ou de soutien financier. En somme, donner une grosse bouffée d’oxygène à ces familles. Offrir à chaque enfant les conditions lui permettant de développer son plein potentiel.

Au cours des prochaines années, nous devrons faire des choix et prendre les meilleures décisions possibles pour permettre au Québec de se remettre de la COVID-19. En ce qui concerne la maltraitance, les cartes de la prévention et de l’amélioration des conditions de vie des familles seront certainement les meilleures que nous pourrons jouer. Et ceci nécessitera un travail de concertation réunissant les trois paliers de gouvernement, de même que tous les secteurs de la société, des employeurs aux organismes communautaires, en passant par les milieux de la santé et de l’éducation. Ensemble, nous y arriverons. Il en va de l’avenir de notre société.